Dimanche 27 décembre 2009
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Tergiversations. Je me suis demandé : est-ce que j'évoque dans le texte même le délai grandissant qui s'étire entre chaque nouvel article, notamment jusqu'à celui-ci? Ou est-ce que je fais comme si de rien était, comme pour normaliser ledit délai? De la même manière : est-ce que j'essaie de trouver une sorte de fil conducteur factice qui me servirait de prétexte à relier les diverses bribes de sujets qui vont être abordées dans ce même article? Et justement : de quoi j'y parle? Qu'est-ce qui mérite d'être (mal)traité ce mois-ci? Et bordel : quel(s) morceau(x) choisir pour accompagner cette Foir'Fouille?
Quand j'y pense, c'est assez fou toute l'angoisse que je consacre à la recherche de la bande son parfaite pour illustrer chaque article alors que la plupart d'entre vous coupe la musique dès l'ouverture de la page.
Et oui, derrière cette apparent laissage en friche du blog, il y a l'effort d'un homme qui veut servir son public mais sans se forcer à pondre un article régulièrement, craignant une baisse de qualité.
Cela dit, j'ai beau attendre, l'inspiration n'arrive pas. La décidément sempiternelle routine qui s'est peu à peu emparée de ma vie handicappe dramatiquement la naissance de thèmes originaux. Cependant, le fidèle Liam étant en demande et mon besoin pathologique de plaire aux gens entrant en vigueur, il me faut donner au peuple ce qu'il veut.
Ainsi j'Interromps l'interlude introductif pour laisser le Ghost of Christmas Present vous narrer cette dernière tranche de vie de Bob de l'année, for your reading pleasure.

Where did we left off...ah oui, le taf.
Que dire de plus? Je devrai limite me répéter une fois de plus histoire de vous appliquer de force la méthode Actor's Studio de manière à ce que le texte vous fasse ressentir la redondante monotonie de mon boulot au pays des chiffres.
Depuis fin Novembre et la grosse opération qu'organise chaque année l'assoc pour laquelle je bosse, ma tâche quotidienne se limite à de l'enregistrement de chèques, découpé en étapes rébarbatives et moults numéros.
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Oui c'est moi Le Prisonnier.
Et vlà-t'y pas que les vioques bénévoles, enfin juste Sale Pute, s'y remettent.
L'autre jour, j'ai dû réunir toute ma force, façon Genki Dama, pour me retenir de l'envoyer chier cette vieille connasse quand elle a osé me refaire une remarque.
Heureusement mon patron est une crème et n'en a que faire. De plus, grâce à l'inénarrable lenteur de nos ordinateurs et de notre connection internet, sans oublier mes chers grévistes, j'ai pu avoir recours à mes habituels stratagèmes de lycéen sécheur pour travailler depuis chez moi. C'est là que je me rends compte à quel point Zack Morris et Parker Lewis restent encore et toujours mes pères spirituels.

A vrai dire, j'avais plus ou moins la vérité de mon côté vu que mon principal argument était que je descends plus vite les chèques de chez moi qu'au bureau vu que j'ai pas à répondre au téléphone, j'ai pas un site qui rame comme un enculé avec une minute pour charger chaque page, etc.
Enfin la vérité c'est que j'avance plus vite de chez moi vu que je peux mater la télé en même temps, ce qui me permet de distraire mon esprit alors que je m'adonne à une tâche aussi mécanique et donc de ne pas avoir envie de me FLINGUER D'ENNUI.
En quelques jours, j'ai ainsi torché près de 1 500 chèques, jonglant dans mes mains des sommes auxquelles j'accèderai pas avant longtemps, tout en tordant (pour la 156469e fois) 5 saisons de Friends.
Au départ, c'est passé vite. Sur la fin, j'ai commencé à saturer. Tandis que Ross et Rachel ont eu le temps de se mettre ensemble, de se quitter, de faire un enfant, d'emménager, de s'embrouiller, de se réconcilier, et tout ça, Robert continue de rentrer des chèques.
Et au bureau c'est encore pire. Au milieu des appels de gogols, j'essaie de trouver une organisation pour réguler ma procrastination en notant chaque tâche à accomplir sur un de ces fameux petits papiers adhésifs que je colle ensuite sur ma table. Je continue de repousser mais maintenant il m'est impossible d'oublier. Et évidemment, comme les petits carrés jaunes s'accumulent, c'est finalement plus opressant qu'autre chose.
De Postpone Man je suis passé à Post-it Man. Dès que la tâche est traitée, j'enlève le papier, je le froisse et je le jette. Chaque post-it qui disparaît de ma table devient alors une petite victoire personnelle. Tristesse de ma life.

A l'inverse, les post-it qui s'accumulent sur le tableau Veleda dans ma chambre sont porteur d'une connotation autrement plus positive. Iconographie du scénariste powa.
Un post-it pour chaque séquence du film autobiographique que l'on n'a de cesse d'écrire et de réécrire. Autant de segments de ma vie de loser d'autrefois affichés là, devant mes yeux chaque jour.
Ca aussi, il est temps que ça passe à la vitesse supérieure. Les énièmes versions du traitement que l'on s'efforce de retoucher auront tôt fait d'avoir raison de ma patience. Les mêmes tournures de phrases que je trouvais jadis inventives dans leur qualité illustratoire d'une situation spécifique commencent à me sortir par les yeux.
Je crois que la pire des choses qui pourrait m'arriver aujourd'hui serait d'être gonflé par ce projet. Celui-là même qui représente l'une des rares choses concrètement constructives de ma vie en ce moment.
Je me demande si mon père, rentré d'Arménie comme chaque année en décembre, voit en moi un reflet de la personne qu'il était il y a encore 5 ans, lorsque lui aussi était un artiste enfermé dans le corps d'un salarié à l'âme rongée par un travail des plus rébarbatifs.
Moi en tout cas, je me souviens l'homme cassé qu'il était avant d'aller s'épanouir à 60 ans passés en renouant avec ses passions d'antan, flirtant avec le cinéma et mettant en scènes des pièces de théâtre, dans un pays en voie de développement de l'ex-Union Soviétique.
Je ne veux pas devenir cette ombre de moi-même et je ne veux pas attendre d'être un retraité pour accéder à mes rêves.
Aussi défaitiste puis-je être, depuis que ce projet a vu le jour et que son cheminement se fait sous de bons auspices, je n'ai pu m'empêcher, dans un de ces délires des plus narcissiques dont j'ai le secret, d'imaginer mon tremplin vers une célébrité soudaine, mes futures histoires de starfucker, et même mon aliénation mégalomaniaque inévitable comme si j'étais le héros d'une chanson de Daniel Balavoine.
If I had my way, Albert Speer et Leni Riefenstahl seraient les architectes de ma grandeur.

N'ayant pas été visité par un Ghost of Christmas Yet to Come, je ne sais si c'est là ce que l'avenir me réserve.
Et pourtant ça aurait pu vu le Noël de Scrooge que j'ai passé, tout seul à la maison ou presque.
Comme expliqué autrefois, le rituel n'a pas grand cours au sein de ma famille d'athées arméniens qui se sont tout de même rendus chez des amis pour fêter la naissance du Christ, m'invitant à y aller avec eux. C'était sans compter sur ma misanthropie lancinante.
Vous avez déjà eu ce sentiment, avant de vous rendre à une soirée, qu'il ne faut pas y aller? Genre "je le sens pas, je sens que ça va me souler"? Et vous y allez quand même et une fois sur place, inéluctablement vous vous dites, "j'aurai dû suivre mon instinct"?
Bah moi j'ai suivi mon instinct. Et j'ai fait mon asocial. Et je me suis endormi à 20h.
Après deux heures d'une triste sieste en ce 24 décembre au soir, je fus rejoint par l'ami Sipan, puis par Damien, avec qui nous regardâmes l'indémodable Bêtiser de fin d'année. Joyeux Noël.
L'autre jour, j'y ai cru un instant quand je fus surpris par l'incursion, venue de nulle part, d'un vieux standard de Noël chantonée par un vieux crooner que diffusait un vieux haut parleur planqué dans un arbre dans les rues de Joinville. Mais ça ne prit pas.
Cette année est je crois la première année où ma nostalgique appréciation du traditionnel esprit de Noël s'est totalement évaporée. Et comme si la mairie du XIe arrondissement l'avait senti, c'est la première année où mon cher boulevard Voltaire n'est pas décoré. Tout se perd.
Heureusement, mon Père Noël à moi est bien réel. Et cette année, avant même que j'aie pu le lui proposer, il me disait "je veux voir un film en 3D!", comme un petit garçon. Tout comme il me disait le lendemain, "je veux me manger un McDo!". Et quand je lui révélais, deux heures après qu'on a mangé nos Big Mac, que la bouffe du fast-food m'avait donné un mal de bide pas possible et m'avait fait vomir, il me répondait "moi aussi, le dis pas à maman!" suivi d'un petit rire infantile.
Peut-être est-ce parce que notre rapport se fait enfin sans conflit que mon père peut se permettre de se montrer non plus en tant que figure paternelle imposante de respect aux yeux de son fils, mais en tant que grand gamin.
Ainsi ai-je prévu de l'emmener voir Avatar en IMAX 3D, même si je me risque à l'un de ses "c'était quand même bien nul" de papa à l'issue de la projection.

Pfff nan mais ça va bien en fait, je sais pas pourquoi je me plains.
Comme l'an passé, mon gentil patron m'a encore filé 10 jours de vacances gratos, pas comptabilisés ; outre mon père, mon cousin aussi, parti étudier à Montréal en août, est de retour pour les fêtes, et demain avec Sipan nous iront voler la culture au WH Smith. La boucle est bouclée.
Et depuis peu, je suis maqué. Quelqu'un que je peux caliner, quelqu'un qui peut me consoler.
Alors j'ai vraiment plus de raison de râler.
Il ne me reste plus qu'à arrêter de manger n'importe comment, de manière à éviter de finir comme Brittany Murphy, et je serai paré.
"Tu seras jamais heureux", me dit Liam. Happy to have and not to have not, comme dirait Public Image Ltd.
Effectivement, si les choses continuent d'aller aussi bien, je sais plus trop ce que je pourrai raconter.
J'attends impatiemment le jour où le blog que je tiendrai servira à rapporter le tournage de notre premier long métrage.
Du coup, ne vous étonnez pas si ce message est le dernier.
Et puis l'année d'après, je recommencerai.
Et puis l'année d'après, je recommencerai.